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Témoignage de Lionel FLEURY

Pouvoir des mots, communication et nouveaux médias.
Sommes-nous une civilisation numérique ?

Lionel FLEURY, docteur en géophysique et ancien élève de l’ENA a été Président Directeur général de l’AFP (Agence France-presse) et a été dirigeant dans de nombreuses sociétés, parmi lesquelles, France Telecom, Polycom, Alcatel, Hachette Filipacchi Médias… Récemment élu Directeur de l’E.J.C.M. (Ecole de Journalisme et de Communication de Marseille), il a passé plus de 15 ans de sa carrière dans le domaine de la presse. Il a publié des écrits à propos du pouvoir des mots et des images sur les individus. Fort de son expérience, il nous livre avec authenticité sa vision de la communication actuelle et future. Son témoignage percutant et incisif, son parcours et sa perception des choses nous évoquent cet aphorisme de John Langshaw AUSTIN « Quand dire, c’est faire ».

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et des moments forts de votre carrière ?

Lionel FLEURY : Après des études scientifiques et un doctorat en géophysique, j’ai été ingénieur au Centre national d’études des télécommunications. Puis, je suis entré à l’ENA (l’Ecole Nationale d’Administration) et j’ai occupé des postes à la Direction Générale dans le domaine des télécommunications, j’ai notamment été à la Direction des affaires industrielles internationales. J’ai passé beaucoup d’années dans les finances et j’ai travaillé plus de quinze ans dans la presse. Pour moi, le moment fort d’une carrière, c’est lorsque l’on est à la tête d’une entreprise et que l’on est responsable de ses résultats.

Pour vous, que représente la notion de communication ? Comment la définiriez-vous ? Quelle est l’influence des mots sur les individus ?

LF : Je perçois essentiellement la notion de communication comme un échange d’informations. Communiquer, c’est interagir avec son environnement et échanger des informations avec lui. Au sein de l’entreprise, la communication consiste à faire passer des idées, savoir interpréter les nuances, les oppositions éventuelles pour diffuser les messages et créer des synergies internes.

En outre, pour répondre à la seconde partie de votre question, je considère que les mots guident toutes nos actions, toutes nos prises de décision … Les individus sont cybernétiques, ils reçoivent des mots… Dans la communication interne, dans la communication publicitaire, dans notre société…, nos existences sont régies par les mots…
Ainsi, par exemple, lorsque nous sortons d’un endroit, le panneau « SORTIE » nous indique la direction à suivre….
Toute notre conduite est déterminée par le cerveau qui agit sur ces stimulus que sont les mots.

En tant qu’ancien PDG de l’AFP, ancien Directeur d’Alcatel…, pouvez-vous nous parler du rôle de la communication interne au sein des entreprises ?

LF : Elle a plusieurs fonctions : elle transmet des informations d’ordre général, (les informations réglementaires comme les congés, le temps de travail, les résultats de l’année …) Son rôle réside essentiellement dans le fait d’informer les salariés.
Mais au-delà de cet aspect fonctionnel, elle permet également de désamorcer les conflits, d’éviter des malentendus entre la hiérarchie et les employés. La communication interne a donc pour mission de rassembler, mobiliser, motiver les individus et les équipes.
Toutefois, je pense qu’il y a des manques et des difficultés à surmonter dans ce domaine, notamment en favorisant la communication informelle au sein des entreprises : il me semble regrettable de négliger la communication libre au profit d’une communication interne formelle omniprésente.

Selon vous, comment gère-t-on la communication (interne et externe) lors d’un rachat/fusion ?

LF : Lors d’un rachat/fusion, la communication externe sert essentiellement à échanger avec les analystes financiers. La communication interne permet d’interagir avec les hiérarchies intermédiaires pour leur expliquer quelle sera l’organisation, la stratégie…
Cependant, on est tenu à des secrets jusqu’à la fusion, ce qui rend parfois la communication complexe.

Pour vous, qu’est-ce qu’une communication efficace au sein de l’entreprise ?

LF : A mon sens, une communication efficace est une source de motivation pour les cadres et les salariés qu’ils managent.
Son efficience passe nécessairement par les échanges d’idées, la remontée des informations et l’homogénéité du flux de communication.
Les nouvelles technologies, comme Internet, l’Intranet offrent des possibilités pour optimiser la communication et il appartient à chacun d’exploiter ces opportunités.

Fort de votre expérience, quelle est votre vision de la communication, de la presse et des nouveaux médias ?

LF : Je pense qu’il est important de communiquer, mais il ne faut pas tomber dans l’excès, la surabondance, car la profusion peut nuire à la qualité de l’information et conduire à la désinformation.
Les nouveaux médias apportent parfois trop de réponses, trop de réactivité : les messages finissent par se perdre, car on n’a pas le temps d’écouter toutes les réponses.

Selon vous, quel impact a-t-elle sur la société d’aujourd’hui ?

LF : Aujourd’hui, tout le monde se sent autorisé à réagir : on a parfois l’impression d’une véritable cacophonie, on ne capte plus rien. Avec les nouveaux médias, plus on crie, plus on est écouté : ce n’est plus nécessairement l’individu le plus brillant qui est entendu, mais le plus bruyant. Ceci peut être au fil du temps réellement déstabilisant pour la société et les individus.

Dans notre société interactive, comment percevez-vous l’excès, la masse d’informations ? Sommes-nous bien informés ?

LF : Selon moi, il n’y a pas plus d’informations qu’autrefois, mais ce ne sont pas les mêmes canaux : l’information est simplement devenue beaucoup plus accessible.
Aujourd’hui, lorsque l’on cherche quelque chose, on le trouve facilement et de manière presque instantanée.
Même lorsque l’on n’est pas bien informé, on a les moyens de l’être.

En tant que Directeur de l’Ecole de Journalisme et de Communication (E.J.C.M.), quels sont vos projets ?

LF : Diplômer des étudiants, sélectionner ceux qui sont porteurs d’une ambition, les impliquer dans tous les projets Web et dans le développement de nouvelles technologies qui font appel à l’écriture, à la presse, à la communication….
Je souhaite apporter à cette école très structurée une plus grande visibilité en l’enracinant dans des projets régionaux, car Marseille est une ville très dynamique.

Comment voyez-vous la communication de demain ?

LF : La communication devient difficile à gérer dans les entreprises. Les individus sont submergés de travail et le temps consacré à la communication, notamment verbale, se réduit considérablement.
Les gens se voient moins, ils sont isolés derrière leurs écrans d’ordinateur et la communication est parfois étriquée entre eux.
Le tri des informations s’avère de plus en plus complexe. Tout passe par des méthodes…
La communication devient plus fonctionnelle, pragmatique.
Mais, nous avons tout « au bout des doigts » : c’est à nous de ne pas nous laisser gouverner par la machine et de tirer le meilleur parti de ces progrès.

Le témoignage efficace de Lionel FLEURY nous offre une définition pertinente de la communication, du langage et des nouvelles technologies de l’information.
Riche d’une longue expérience au sein de grandes entreprises, il nous donne à méditer sur notre société régie par la célérité et l’accessibilité des informations. Il souligne l’importance des échanges interhumains et la nécessité de mettre en commun nos connaissances.
Pour Lionel FLEURY, il nous appartient de savoir utiliser les nouveaux médias comme vecteur de notre patrimoine culturel et non comme le miroir déformant d’une société en proie à une communication éphémère, protéiforme et désincarnée.
Il nous interpelle sur le devenir de cette communication ubiquiste dont les canaux abolissent l’espace et le temps, dématérialisent nos supports de connaissances et nous donnent à voir le monde en quelques « clics ».
Ainsi, si l’en en croit Aurélie ROYET-GOUNIN, « La société se caractérisera par une surabondance d’informations. Le défi sera de ne pas confondre l’accessoire et l’essentiel », les nouveaux médias vont-ils transformer notre façon de penser ?